La curiosité est un muscle… qui se travaille !
Quand je me lance sur ce sujet j’ai l’impression d’être une très vieille dame (ce n’est pas encore le cas). Nous avons plus d’outils pour apprendre que toutes les générations qui nous ont précédées, et pourtant nous sommes devenus moins bons dans la forme d’apprentissage la plus élémentaire qui soit : être curieuse, tout simplement.
Pour moi, la curiosité n’est pas toujours naturelle, je dois me forcer un peu. Me documenter sur un sujet auquel je ne connais rien, seule, juste pour le comprendre un peu mieux, par exemple. Mais le type de curiosité qui nourrit le plus mon travail créatif n’a rien à voir avec la recherche. Il a à voir avec les gens.
La curiosité pour s’ouvrir à d’autres histoires
Nous traversons une époque difficile. La politique, le climat, la morosité générale, l’agressivité latente. Je ne vais pas tout énumérer, vous saisissez de quoi je parle. Et l’une des victimes les plus discrètes de tout ça, c’est notre sentiment de communauté. On se dispute avec des inconnus en ligne. On a à moitié oublié comment dire bonjour à quelqu’un qu’on croise dans la rue. Il est facile de se refermer socialement sans même s’en apercevoir. Et il est très difficile de nourrir sa créativité quand on a doucement fermé la porte aux autres.
Alors quand j’ai l’occasion de passer du temps avec quelqu’un que je connais mal, j’essaie de m’ouvrir vraiment. D’apprendre qui est cette personne, volontairement, au lieu de l’effleurer.
Parfois, ce que je découvre ne me plaît pas, et honnêtement, cette personne devient alors un excellent matériau pour le méchant d’une histoire qui attend d’être écrite. Mais bien plus souvent, choisir la curiosité plutôt que le jugement m’aide à comprendre quelqu’un, puis à l’apprécier sincèrement, ce qui ne serait jamais arrivé si j’étais restée en surface.
Creuser sous les banalités
Il y a quelque chose de satisfaisant à savoir qu’on est allée plus loin que la météo et les embouteillages. Ça demande un peu d’intention : réfléchir à la façon dont on aborde quelqu’un, emmener la conversation vers un terrain plus vrai, écouter qui se cache sous la version « sociale » que la personne présente en premier.
Ce qu’on trouve là-dessous est souvent un petit trésor : une histoire, une façon de voir le monde, une vie qu’on n’imaginait pas. Je note ces choses sans arrêt, ou je les dicte directement dans mes mémos vocaux avant d’en perdre la forme. Certaines de mes idées préférées sont nées d’une conversation de cinq minutes avec quelqu’un à qui j’ai failli ne pas adresser la parole.
Une note en douceur
La curiosité envers les autres n’est pas qu’une question de politesse. C’est de la matière première. Chaque personne que l’on apprend vraiment à connaître est une porte vers une histoire, un personnage, un point de vue que vous n’aviez pas hier. La pratiquer volontairement, surtout maintenant, quand il serait plus simple de s’en passer, est peut-être l’une des habitudes créatives les plus fiables qui soient.